20251021 - Désinformation - généralités
La désinformation n’est pas un phénomène contemporain. Dès L’Art de la guerre (vers 400 av. J.-C.), Sun Tzu en faisait déjà une arme stratégique majeure : en déformant la réalité, on peut convaincre l’ennemi de notre supériorité numérique, de notre puissance ou de notre organisation, et ainsi le dissuader d’engager le combat. Cette manipulation de la perception a pris une ampleur inédite au XXe siècle, avec le déploiement de vastes campagnes de propagande — une pratique plus actuelle que jamais. C'est la principale arme de la Russie de Vladimir Poutine.
C’est dans ce contexte qu’émerge la notion de « fabrique du consentement » (Lippmann, 1922), concept fondateur des départements des Affaires Publiques au sein des grandes entreprises. L’industrie du tabac fut l’une des premières à en exploiter les mécanismes, cherchant à minimiser la perception des risques liés à la cigarette auprès du grand public et des médias traditionnels.
Parmi les définitions, celle de François-Bernard Huyghe, auteur de L’Ennemi à l’ère numérique (2001), résume bien le concept : « La désinformation consiste à diffuser délibérément des informations fausses, en les présentant comme issues de sources neutres ou bienveillantes, afin d’influencer l’opinion et d’affaiblir un adversaire. »
Depuis, la commission Bronner propose une typologie nuancée de ces pratiques :
- La mésinformation, d’abord, relève d’une distorsion involontaire de la vérité, sans intention malveillante — une erreur d’interprétation ou de jugement.
- Les infox ou fake news constituent un second niveau : il s’agit d’une altération délibérée de la réalité, s’appuyant sur des faits partiellement exacts, mais réinterprétés pour tromper.
- La désinformation, enfin, représente le stade le plus élaboré : elle implique la fabrication de contenus partiellement ou totalement faux, conçus pour paraître légitimes aux yeux du public. Elle s'appuie souvent sur des informations d'apparence scientifique pour assurer sa crédibilité.
Aujourd’hui, la frontière entre infox et désinformation s’estompe, tant la volonté d’imposer une idéologie — au sens large — brouille les limites entre le vrai et le simplement vraisemblable.
D’après Ch. Deschamps, les dix infox les plus virales ont totalisé 22 millions de partages et 50 millions de likes en trois mois sur les réseaux sociaux. Il souligne que la loi de Brandolini met en évidence une asymétrie marquée : il est bien plus facile de diffuser une fausse information que de la réfuter.
En pratique, une information sensationnaliste et alarmiste provoque un engagement bien supérieur à celui de son démenti, car ce dernier s’appuie sur une démarche rationnelle, tandis que la première exploite souvent des émotions fortes, comme l’indignation.
À ce sujet, les thèses complotistes ou conspirationnistes peuvent être considérées comme des sous-branches de la désinformation même si elles n'ont pas forcément d'objectif idéologique.
Références/ Inspirations
fr.wikipedia.org-Désinformation
Informer_en_2025_C_Deschamps
Liens
20251019 - Théorie du complot - mécanisme
20251002 - Vérité vs mensonge vs bullshit - complot - armes inégales
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2025-10-21